
Lettres d'une Péruvienne — Françoise de Graffigny : résumé et analyse (bac de français 2027)
- Objet d'étude
- La littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle
- Parcours
- « Un nouvel univers s'est offert à mes yeux »
- Voie
- Voies générale et technologique
- Auteur
- Françoise de Graffigny
- Date
- 1747
Résumé de « Lettres d'une Péruvienne »
Publiées anonymement en 1747, les Lettres d'une Péruvienne de Françoise de Graffigny sont l'un des grands succès du siècle : rééditions et traductions se multiplient dans toute l'Europe. L'édition définitive de 1752, augmentée de trois lettres et d'une « Introduction historique » sur l'empire inca nourrie de Garcilaso de la Vega, compte quarante et une lettres. Roman épistolaire à une seule voix — celle de Zilia, jeune Péruvienne arrachée à son monde —, le livre croise le regard étranger à la manière des Lettres persanes et une histoire d'amour qui refuse tous les dénouements convenus.
L'arrachement
Zilia, Vierge du Soleil promise à Aza, prince du sang des Incas, est enlevée par des soldats espagnols qui pillent le temple de Cuzco le jour même où devait se célébrer leur union. Embarquée de force, elle noue ses quipos — les cordelettes nouées qui tiennent lieu d'écriture aux Péruviens — pour adresser à Aza le récit de sa captivité. Un combat naval la fait passer aux mains des Français : à bord, un jeune officier, Déterville, la traite avec un respect qui contraste avec la brutalité espagnole — et s'éprend d'elle sans pouvoir se faire comprendre.
L'apprentissage du monde
Arrivée en France, Zilia découvre un univers dont elle ignore tout : les miroirs qui la déconcertent, les codes d'une maison parisienne, une langue à conquérir. Recueillie chez Déterville, entourée de sa sœur Céline, elle continue d'écrire à Aza ; quand ses quipos s'épuisent, elle apprend à écrire en français — conquête décisive : la captive devient sujet de sa propre parole. Ses lettres deviennent alors le journal d'une découverte : Paris, ses spectacles, ses conversations, sa « politesse ».
Le regard critique
Car l'ingénue voit juste. Sous les égards qu'on lui prodigue, Zilia démonte les ressorts de la société française : le règne du paraître, où l'on sacrifie l'être à la représentation ; la toute-puissance de l'argent, qui décide des rangs et des mariages ; le sort fait aux femmes, parées, exhibées, mais privées d'instruction solide et méprisées dans le mariage même. Les lettres consacrées à l'éducation des filles comptent parmi les pages les plus audacieuses du roman : on y enseigne aux femmes le superflu et jamais l'essentiel. Le « nouvel univers » qui s'offre aux yeux de Zilia est aussi un miroir tendu aux lecteurs français.
Le double dénouement
L'amour, pourtant, structure tout le roman. Déterville, qui aime Zilia sans espoir, retrouve la trace d'Aza, passé en Espagne ; il fait aussi restituer à Zilia une partie des trésors du temple et lui offre une maison à la campagne, dont elle devient maîtresse. Mais les retrouvailles tant espérées sont une catastrophe : Aza, converti au catholicisme, aime désormais une Espagnole et considère son union avec Zilia comme impossible. Trahie, Zilia surmonte le désespoir — et surprend tout le monde : elle refuse d'épouser Déterville, lui offre une amitié durable, et choisit de vivre chez elle, libre, entre l'étude, la nature et « le plaisir d'être ». Ni mariée, ni morte, ni cloîtrée : en 1747, ce dénouement-là est une audace absolue.
Résumé détaillé, partie par partie
Lettres I à IV — L'enlèvement et la captivité espagnole
Lettres V à IX — Le vaisseau français et Déterville
Lettres X à XVII — Paris, le miroir et la conquête de la langue
Lettres XVIII à XXVIII — Le monde parisien à l'épreuve
Lettres XXIX à XXXV — La satire des mœurs et la maison de Zilia
Lettres XXXVI à XLI — La trahison d'Aza et le choix de Zilia
Analyse du parcours « Un nouvel univers s'est offert à mes yeux »
Le parcours « Un nouvel univers s'est offert à mes yeux »
La formule du parcours condense l'expérience de Zilia : un monde inconnu surgit devant elle — mais le « nouvel univers » est double. C'est d'abord la France, continent étrange qu'elle déchiffre en ethnologue ; c'est ensuite, à la fin du roman, un univers intérieur : la liberté, l'étude, l'existence sentie pour elle-même. Le parcours invite donc à lire le roman comme un double récit de découverte — du monde et de soi.
Le regard étranger comme arme critique
Graffigny reprend le dispositif des Lettres persanes : faire décrire la France par une étrangère qui n'en connaît pas les codes. La naïveté de Zilia est une machine de guerre : parce qu'elle prend les usages au pied de la lettre, elle en révèle l'absurdité — la politesse sans bonté, le luxe sans bonheur, la conversation sans pensée. Mais la romancière déplace le modèle sur deux points décisifs. D'une part, la voix est unique : pas de polyphonie comme chez Montesquieu, mais une conscience qui se construit lettre après lettre. D'autre part, l'étrangère est une femme et une victime : son regard critique n'est pas un jeu d'esprit, c'est une expérience vécue — être exhibée, traduite, convoitée. La satire la plus forte porte ainsi sur la condition féminine : éducation futile, mariage-marché, mépris drapé de galanterie.
De l'objet au sujet : langue, écriture, indépendance
L'itinéraire de Zilia est une conquête de la parole. Des quipos — écriture de l'origine et de la fidélité — à la plume française, elle s'approprie la langue de l'autre sans renier la sienne, et devient l'auteur de sa propre histoire. Le dénouement couronne cette trajectoire : trahie par Aza, aimée par Déterville, Zilia refuse les deux issues que le roman du XVIIIe siècle réserve aux héroïnes — le mariage ou la mort. Elle choisit une maison à elle, l'amitié plutôt que la passion, l'étude plutôt que la dépendance, et l'éloge du « plaisir d'être ». Le « nouvel univers » final n'est plus celui qu'on subit, mais celui qu'on se donne.
Ce qu'il faut retenir pour l'écrit
Trois axes solides : le regard éloigné comme dispositif critique (à comparer avec Montesquieu, en soulignant l'unicité de la voix et l'ancrage dans l'expérience) ; la critique de la condition des femmes (éducation, paraître, mariage), qui fait de Graffigny une jalon des combats des Lumières ; et l'itinéraire d'émancipation de Zilia, de la captive muette à la femme indépendante, dont le dénouement anti-romanesque est l'argument le plus audacieux du livre.
Les personnages principaux
Zilia
Jeune Vierge du Soleil arrachée au temple de Cuzco, unique voix du roman. Fidèle à Aza, lucide sur la France, elle passe des quipos à l'écriture française et de la captivité à l'indépendance. Son refus final du mariage et son choix de l'étude font d'elle l'une des héroïnes les plus modernes du XVIIIe siècle.
Aza
Prince du sang des Incas, promis à Zilia, capturé par les Espagnols et emmené en Espagne. Présent dans presque tout le roman comme destinataire des lettres, il n'apparaît en personne que pour trahir : converti, épris d'une Espagnole, il rompt une union que sa nouvelle religion condamne. Sa trahison libère malgré elle l'héroïne.
Déterville
Officier français, chevalier de Malte, qui recueille Zilia et l'aime sans retour. Généreux jusqu'à l'abnégation — il retrouve Aza, restitue les trésors, offre la maison —, il incarne une France estimable en regard de celle que Zilia critique. Il doit pourtant se contenter de l'amitié : le roman refuse de récompenser son amour par un mariage.
Céline
Sœur de Déterville et amie fidèle de Zilia, qu'elle aide à déchiffrer les usages français. Son propre destin — une mère dure, un amour longtemps contrarié par les calculs familiaux, un passage par le couvent avant de pouvoir épouser celui qu'elle aime — illustre concrètement le sort fait aux filles dans les familles nobles.
Madame Déterville
Mère de Déterville et de Céline, froide et gouvernée par l'intérêt : elle sacrifie son cadet à l'ordre de Malte et marchande l'établissement de sa fille. Figure de l'ordre familial français, elle donne un visage domestique aux mécanismes sociaux que Zilia critique dans ses lettres.
Les thèmes essentiels
Le regard étranger et la satire sociale
Zilia décrit la France comme une terre inconnue : ce « regard éloigné » dévoile ce que l'habitude cache — paraître, frivolité, règne de l'argent. Le procédé, hérité des Lettres persanes, devient ici expérience vécue et non simple jeu d'esprit.
La condition des femmes et l'éducation
Le cœur militant du roman : les femmes françaises sont parées, exhibées et ignorantes, parce qu'on ne leur enseigne que le superflu. La critique de l'éducation des filles et du mariage-marché annonce les combats des Lumières et au-delà.
Langage, écriture et identité
Des quipos incas à la plume française, le roman raconte une conquête de la parole. Écrire, pour Zilia, c'est rester fidèle à soi tout en s'appropriant le monde de l'autre : la maîtrise de la langue est la condition de sa liberté.
Amour, trahison et indépendance
Fidélité absolue à Aza, trahison de celui-ci, amour sans espoir de Déterville : le roman déjoue le triangle attendu. Zilia ne choisit ni l'un ni l'autre, mais elle-même — l'amitié, la maison, l'étude, le « plaisir d'être ».
Civilisation et « barbarie »
Qui est le barbare : l'Inca fidèle à sa parole ou l'Européen conquérant et cupide ? En renversant le point de vue, Graffigny relativise la supériorité que la France s'attribue et esquisse une réflexion sur la pluralité des cultures.
Citations clés pour l'écrit et l'oral
« Je suis, je vis, j'existe »
Lettre XLI (dernière lettre)Le sommet du roman : dans son éloge final du « plaisir d'être », Zilia fait de la simple existence sentie un bonheur suffisant, hors du mariage et de la passion. Citation clé pour conclure toute dissertation sur l'émancipation de l'héroïne.
« « Un nouvel univers s'est offert à mes yeux » (intitulé du parcours) »
Formule du parcours, à rattacher aux lettres de la découverteLa formule condense l'expérience de Zilia débarquant en France : tout est à déchiffrer, rien ne va de soi. À l'écrit, montrer qu'elle vaut aussi pour le dénouement — le dernier univers découvert est celui de la liberté intérieure.
« La scène du miroir »
Passage à citer, arrivée en FranceZilia, qui n'a jamais vu de glace, se découvre dans un miroir et croit d'abord à une autre présence. Scène emblématique du regard étranger : l'objet le plus banal redevient énigme, et l'identité même vacille — à commenter pour l'oral.
« Les quipos épuisés et le passage à l'écriture française »
Passage à citer, autour de la lettre XVIIQuand les cordelettes nouées viennent à manquer, Zilia apprend à écrire en français pour continuer sa correspondance. Moment charnière : la captive conquiert l'instrument de sa pensée et devient l'auteur de son histoire.
« La lettre sur l'éducation des femmes »
Passage à citer, lettres critiques (édition de 1752)Zilia y constate qu'on enseigne aux Françaises le paraître et jamais l'essentiel, puis qu'on les méprise pour l'ignorance où on les tient. Le réquisitoire le plus net du roman, indispensable pour l'axe « condition féminine » du parcours.
« L'offre d'amitié faite à Déterville »
Passage à citer, dernières lettresZilia refuse d'épouser l'homme qui a tout fait pour elle et lui propose « le plaisir délicat » d'une amitié durable, près de sa maison. Ce dénouement sans mariage ni mort, unique en son temps, est l'argument central de toute lecture émancipatrice du roman.
Questions fréquentes
De quoi parle Lettres d'une Péruvienne ? (résumé court)
Quel est le parcours associé à Lettres d'une Péruvienne au bac 2027 ?
Pourquoi Zilia refuse-t-elle d'épouser Déterville ?
Que sont les quipos dans Lettres d'une Péruvienne ?
Quelle différence entre Lettres d'une Péruvienne et les Lettres persanes ?
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