Bac de français 2027

Pour un oui ou pour un nonNathalie Sarraute : résumé et analyse (bac de français 2027)

Le théâtre du XVIIe au XXIe siècle · Voies générale et technologique
Objet d'étude
Le théâtre du XVIIe au XXIe siècle
Parcours
« Théâtre et dispute »
Voie
Voies générale et technologique
Auteur
Nathalie Sarraute
Date
1982
⚖️ « Pour un oui ou pour un non » est une œuvre sous droits : le texte n'est pas reproductible en ligne. Cette page est une fiche de révision — procurez-vous le livre en librairie, en bibliothèque ou au CDI.

Résumé de « Pour un oui ou pour un non »

Pour un oui ou pour un non (1982) est la dernière pièce de Nathalie Sarraute, figure du Nouveau Roman. D'abord écrite pour la radio, créée à la scène en 1986, elle porte au théâtre ce que l'écrivaine explore depuis Tropismes (1939) : les mouvements intérieurs infimes — attirances, replis, agressions microscopiques — qui circulent sous les paroles les plus banales. La pièce, très courte, sans décor notable ni intrigue extérieure, met face à face deux amis de toujours, désignés seulement par H.1 et H.2, et fait d'une inflexion de voix la matière d'une tragédie intime. L'œuvre est sous droits : il faut acheter ou emprunter le texte pour le lire en entier.

La demande d'explication

H.1 vient demander à H.2, qui s'est éloigné sans explication, ce qui s'est passé entre eux. H.2 élude — il n'y a « rien », rien qu'on puisse dire —, puis finit par céder : il y a bien quelque chose, mais quelque chose d'indicible, dont on n'ose pas faire état parce que ce n'est « rien ». Toute la pièce tient dans ce paradoxe initial : la brouille la plus grave naît de ce qui ne mérite même pas d'être nommé.

L'aveu : « C'est bien… ça… »

Pressé de s'expliquer, H.2 exhume le grief : un jour où il lui annonçait une réussite, H.1 lui a répondu « C'est bien… ça… » — avec ce suspens entre « bien » et « ça », cet accent condescendant qui remettait H.2 à sa place, celle d'un inférieur qu'on encourage de haut. H.1 proteste : c'est de la folie, on ne rompt pas pour une intonation. S'engage alors une lutte serrée autour de la réplique, rejouée, auscultée, disséquée — le langage devient le champ de bataille, et chaque mot un aveu des places que chacun assigne à l'autre.

Les témoins et les deux camps

Pour trancher, on appelle les voisins, H.3 et une femme, F. : le « tribunal » improvisé écoute, ne perçoit rien de grave, conclut à une querelle insignifiante — une brouille « pour un oui ou pour un non ». Loin d'apaiser la dispute, ce verdict la creuse : ce que les autres ne voient pas, c'est précisément ce qui sépare les deux amis. La querelle change alors d'échelle et révèle deux rapports au monde inconciliables : H.1 du côté de la vie réglée, des réussites mesurables, des catégories reçues ; H.2 du côté du non-classable, des instants suspendus — comme ce vers de Verlaine, « La vie est là, simple et tranquille », qui lui revient devant un vieux mur, et que H.1 ne peut recevoir sans le rabattre sur du connu.

La rupture

Chacun somme l'autre de reconnaître le mépris caché dans ses paroles ; chacun s'y refuse. La rupture, d'abord impensable, devient inévitable, puis assumée : ils sont bien de deux camps ennemis, et c'est entre « oui » et « non » — les deux mots les plus simples de la langue — que tout se joue jusqu'à la dernière réplique. La pièce s'achève sur cet affrontement nu, sans réconciliation : il aura suffi d'un oui ou d'un non.

Résumé détaillé, partie par partie

L'ouverture — la demande d'explication
H.1 rend visite à H.2 pour comprendre son éloignement : plus de nouvelles, des invitations déclinées, une distance inexpliquée. H.2 nie d'abord — il n'y a rien —, puis concède qu'il y a quelque chose, mais quelque chose qu'on ne peut pas dire sans paraître fou : un grief sans nom, sans fait, sans objet avouable. Sarraute installe d'emblée son paradoxe : la parole théâtrale va devoir donner corps à ce que la conversation ordinaire est faite pour recouvrir.
L'aveu — « C'est bien… ça… »
Sommé de s'expliquer, H.2 livre enfin la cause : un jour qu'il annonçait une réussite, H.1 lui a dit « C'est bien… ça… » — avec un suspens entre « bien » et « ça », un accent, un écrasement de la voix. Cette réplique minuscule est le cœur de la pièce : H.2 y a entendu la condescendance de qui juge de haut, l'assignation à une place d'inférieur. H.1, stupéfait, refuse qu'on puisse rompre pour si peu ; H.2 rétorque que tout est là — dans ce « si peu » où passent les rapports de force réels.
La lutte autour des mots — les tropismes à la surface
Les deux hommes rejouent la réplique, en discutent l'intonation, la longueur du suspens, convoquent d'autres phrases anciennes où le même mépris — ou la même susceptibilité — affleurait. La conversation devient une expertise du langage : sous chaque parole anodine grouillent les tropismes, ces mouvements intérieurs d'attaque et de défense que Sarraute traque depuis ses débuts. Chacun tour à tour accuse, se défend, manque de céder, se reprend : la dispute avance par vagues, sans autre événement que verbal.
Les témoins — H.3 et F. appelés en arbitrage
Pour sortir de l'impasse, on en appelle à des tiers : H.3, puis une voisine, F. Le différend leur est soumis comme à un tribunal ; ils écoutent la fameuse réplique, ne perçoivent rien d'offensant et concluent à une brouille dérisoire, « pour un oui ou pour un non ». Cet arbitrage manqué est décisif : le verdict d'insignifiance, loin de réconcilier, isole définitivement les deux amis dans leur différend — ce qui les sépare est invisible aux yeux du monde, donc sans appel.
Les deux camps — deux manières de vivre
La dispute se généralise et révèle son véritable enjeu : deux rapports au monde. H.1 appartient au camp de la vie installée — carrière, famille, valeurs sûres, jugements qui classent. H.2 vit du côté de l'inclassable : les instants suspendus, l'émotion devant un vieux mur où lui revient le vers de Verlaine « La vie est là, simple et tranquille » — expérience que H.1 accueille avec une bienveillance qui, encore une fois, condescend. Chacun découvre chez l'autre un mépris symétrique : H.1 tient H.2 pour un raté rêveur, H.2 tient H.1 pour un vivant amputé.
La rupture — le « oui » et le « non » finaux
Plus rien ne peut ramener la querelle à ses proportions « raisonnables » : les deux amis reconnaissent qu'ils sont de deux camps ennemis, et que la rupture est là, réelle, accomplie — pour un oui ou pour un non. La pièce se referme sur l'affrontement des deux monosyllabes, oui et non, derniers mots échangés : le langage le plus pauvre porte la charge la plus violente. Pas de réconciliation, pas de morale : la dispute a simplement rendu visible ce qui, depuis toujours, séparait ces deux hommes.

Analyse du parcours « Théâtre et dispute »

Le parcours « Théâtre et dispute »

La dispute est la matière même du théâtre : de l'agôn antique aux scènes de querelle de Molière ou de Musset, le genre vit de l'affrontement verbal. Sarraute pousse cette logique à sa limite : sa pièce n'est que dispute — pas d'intrigue, pas de décor signifiant, pas d'enjeu extérieur (héritage, mariage, pouvoir). Deux hommes, quatre chaises, une réplique de trois mots. Ce dépouillement est le premier point à exploiter en dissertation : en retirant tout objet à la querelle, Sarraute révèle ce que toute dispute théâtrale met réellement en jeu — les places, la domination, la reconnaissance.

Une dispute sans objet ? L'infra-ordinaire du langage

Le titre semble dénoncer une querelle futile ; la pièce démontre l'inverse. « C'est bien… ça… » n'est rien, et ce rien contient tout : la condescendance, l'assignation des places, des années de rapports faussés. Sarraute théâtralise ses deux grands concepts. Le tropisme : mouvement intérieur infime, attirance ou rétraction, qui précède et déborde la parole. La sous-conversation : ce qui se joue sous le dialogue policé, et que la conversation ordinaire recouvre. Le théâtre opère ici un grossissement : ce que le roman devait décrire, la scène le fait entendre — suspens, intonations, silences deviennent des événements dramatiques à part entière. D'où l'importance des points de suspension, véritable ponctuation-personnage de la pièce.

Le procès impossible du langage

La pièce emprunte la forme d'un procès : demande d'explication, pièce à conviction (la réplique rejouée), témoins (H.3 et F.), verdict. Mais le procès échoue : l'offense est réelle et improuvable, puisqu'elle tient à un accent, à un suspens que l'oreille des tiers ne perçoit pas. Cet échec de l'arbitrage est le pivot dramatique : il transforme la querelle en tragédie de l'incommunicable. La dispute révèle enfin son enjeu véritable — deux manières d'exister (la vie réglée de H.1, l'inclassable de H.2, autour du vers de Verlaine) — et s'achève en rupture assumée, sans réconciliation : fin ouverte et violente, très éloignée des dénouements classiques de comédie.

Ce qu'il faut retenir pour l'écrit

Trois axes solides : la dispute comme essence du théâtre (une pièce réduite à l'affrontement verbal, qui radicalise la tradition de l'agôn) ; le langage comme champ de bataille (tropismes, sous-conversation, l'infime chargé de violence — analyser précisément « C'est bien… ça… » et ses suspensions) ; l'échec du jugement (les témoins, le verdict d'insignifiance, l'incommunicable). Pensez aux confrontations fécondes : les scènes de querelle du répertoire classique, où la dispute a un objet, contre cette dispute pure qui n'a pour objet que les mots eux-mêmes.

Les personnages principaux

H.1

Protagoniste

L'ami « installé » : réussite professionnelle, famille, valeurs sûres. C'est lui qui vient demander des comptes, en homme raisonnable sommant l'autre de justifier l'injustifiable. Sincèrement blessé, il incarne pourtant le camp des juges : celui qui classe, mesure, encourage de haut — et dont le « C'est bien… ça… » a tout déclenché.

H.2

Protagoniste

L'ami hypersensible, vivant en marge des réussites mesurables, du côté des instants suspendus et de l'inclassable. C'est lui qui a rompu en silence, et lui qui ose l'aveu impossible : on peut se brouiller pour une intonation. Sa lucidité sur l'infime fait de lui le porte-parole des tropismes — au risque de passer pour fou.

H.3

Personnage secondaire

Voisin appelé en arbitre. Témoin de bonne volonté, il écoute la réplique litigieuse et n'y entend rien d'offensant : pour lui, la brouille est une querelle « pour un oui ou pour un non ». Son verdict d'insignifiance, loin d'apaiser, prouve que l'essentiel se joue là où le monde ne perçoit rien.

F.

Personnage secondaire

Voisine convoquée elle aussi comme témoin, seule présence féminine de la pièce. Comme H.3, elle représente l'opinion commune, son bon sens et sa surdité aux tropismes. L'anonymat des quatre personnages — initiales et numéros — dit le projet de Sarraute : non des caractères, mais des lieux d'échange où circule la parole.

Les thèmes essentiels

Le tropisme

Mouvement intérieur infime — attirance, rétraction, agression larvée — qui précède la parole et la déborde. Concept central de toute l'œuvre de Sarraute, il trouve ici sa forme théâtrale : la scène rend audibles les remous que la conversation ordinaire recouvre.

Conversation et sous-conversation

Sous le dialogue policé court un second dialogue, fait de rapports de force, de places assignées, de dominations feutrées. La pièce ne cesse de faire remonter cette sous-conversation à la surface : chaque réplique anodine est retournée pour exposer son envers.

La dispute sans objet

Ni argent, ni amour, ni pouvoir : la querelle porte sur trois mots et un suspens. En privant la dispute de tout objet extérieur, Sarraute révèle son enjeu véritable — la reconnaissance — et fait du langage lui-même le seul territoire disputé.

L'amitié et les places

La brouille révèle ce que l'amitié dissimulait : une hiérarchie tacite, l'un encourageant l'autre de haut, deux camps inconciliables — la vie réglée contre l'inclassable. La pièce demande si toute relation ne repose pas sur ces places muettes, que le moindre mot peut trahir.

Un théâtre minimal

Personnages réduits à des initiales, absence de décor et d'intrigue, action purement verbale, pièce brève d'un seul tenant : Sarraute dépouille la scène de tout ce qui n'est pas la parole. Ce minimalisme, hérité de la pièce radiophonique, concentre toute la théâtralité dans la voix.

Citations clés pour l'écrit et l'oral

« « C'est bien… ça… » »

L'aveu de H.2, au début de la pièce

LA réplique de l'œuvre : trois mots et deux suspensions. Tout tient dans le suspens entre « bien » et « ça », où H.2 entend la condescendance d'un juge. À l'oral, analyser la ponctuation elle-même : les points de suspension sont l'événement dramatique.

« « Pour un oui ou pour un non » »

Titre de la pièce

L'expression familière désigne les brouilles futiles ; la pièce la retourne : c'est bien pour un oui ou pour un non que tout se joue, car le oui et le non engagent des manières entières d'exister. Le titre est déjà une thèse sur le langage.

« « La vie est là, simple et tranquille » »

Vers de Verlaine cité par H.2

Le vers (domaine public) que H.2 associe au souvenir d'un vieux mur et d'un instant suspendu. Il cristallise l'opposition des deux camps : l'expérience poétique inclassable de H.2 contre la bienveillance classificatrice de H.1.

« L'aveu qu'il n'y a « rien » — et que ce rien est tout »

Ouverture de la pièce

Passage à citer : H.2 commence par nier tout grief, puis avoue un grief innommable parce qu'insignifiant aux yeux du monde. Ce paradoxe inaugural définit le projet de Sarraute : donner un théâtre à l'infra-ordinaire.

« L'arbitrage des voisins H.3 et F. »

Milieu de la pièce

Passage à citer : le différend est soumis à des témoins qui n'y entendent rien d'offensant. Le procès du langage échoue — l'offense est réelle mais improuvable — et le verdict d'insignifiance rend la rupture inévitable.

« L'affrontement final du « oui » et du « non » »

Dernières répliques

Passage à citer : la pièce s'achève sur les deux monosyllabes du titre, échangés comme des coups. Dénouement sans réconciliation, qui referme la dispute sur le langage nu — à comparer aux dénouements du répertoire classique.

Questions fréquentes

Pour un oui ou pour un non est-il au programme du bac de français 2027 ?
Oui. La pièce de Nathalie Sarraute (1982) figure dans l'objet d'étude « Le théâtre du XVIIe siècle au XXIe siècle », avec le parcours « Théâtre et dispute », pour la voie générale comme pour la voie technologique. Votre professeur choisit une œuvre par objet d'étude parmi celles du programme.
De quoi parle Pour un oui ou pour un non ? (résumé court)
Deux amis de toujours, H.1 et H.2, s'expliquent sur leur brouille. La cause : une réplique de trois mots, « C'est bien… ça… », dont l'intonation condescendante a blessé H.2. La dispute s'envenime, des voisins appelés en arbitres n'y voient qu'une querelle futile, et les deux hommes découvrent qu'ils appartiennent à deux camps inconciliables : la pièce s'achève sur une rupture assumée, entre « oui » et « non ».
Qu'est-ce qu'un tropisme chez Nathalie Sarraute ?
Le mot, emprunté à la biologie, désigne chez Sarraute les mouvements intérieurs infimes — attirance, repli, agression sourde — qui naissent au contact d'autrui et circulent sous les paroles ordinaires. Toute son œuvre, depuis Tropismes (1939), cherche à les capter ; dans la pièce, la dispute autour de « C'est bien… ça… » les fait affleurer à la surface du dialogue.
Pourquoi les personnages s'appellent-ils H.1, H.2, H.3 et F. ?
Cet anonymat est voulu : Sarraute refuse les « caractères » traditionnels, avec nom, passé et psychologie. H.1, H.2, H.3 (« homme 1 », etc.) et F. (« femme ») sont des instances de parole, presque interchangeables : ce qui compte n'est pas qui ils sont, mais ce qui circule entre eux. L'universalité de la dispute s'en trouve renforcée — cela pourrait arriver à n'importe qui.
Que signifie la réplique « C'est bien… ça… » ?
C'est la pièce à conviction de toute la dispute. En apparence, un compliment ; mais le suspens entre « bien » et « ça », l'accent condescendant, disent à H.2 qu'il est jugé de haut, encouragé comme un inférieur. Sarraute montre ainsi que la violence des rapports humains passe moins par les mots que par leur intonation — analyse incontournable à l'oral.
Où lire Pour un oui ou pour un non ?
La pièce est sous droits d'auteur : il n'existe pas de version gratuite légale, et il faut acheter le texte (disponible en poche) ou l'emprunter en bibliothèque ou au CDI. C'est une œuvre très courte — une heure de lecture environ —, à lire et relire intégralement ; cette fiche sert de support de révision, en complément du texte.

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