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A rebours
L'œuvre
Dernier rejeton anémié d'une grande lignée, écœuré de Paris et du genre humain, le duc Jean des Esseintes se retire seul dans une maison de Fontenay transformée en œuvre d'art totale : orgue à liqueurs, tortue incrustée de gemmes, parfums composés comme des symphonies, bibliothèque où Mallarmé voisine avec les Latins de la décadence.
Chapitre après chapitre, le roman inventorie ce laboratoire du raffinement absolu — jusqu'à ce que les nerfs, l'estomac et les rêves se rebellent : on ne vit pas impunément à rebours de la nature. Le bréviaire de l'esthète, ironique et somptueux, qui est aussi l'histoire d'une impasse.
Contexte
En 1884, Huysmans, naturaliste de l'école de Zola, fait sécession avec ce livre-manifeste : « le roman d'un seul personnage sans intrigue » que Zola lui reprocha comme un coup porté au mouvement. Barbey d'Aurevilly prophétisa : après un tel livre, il ne reste « que la bouche d'un pistolet ou les pieds de la croix » — Huysmans choisira la croix.
Bible de l'esprit fin-de-siècle, A rebours est le « livre vénéneux » que lit Dorian Gray chez Wilde, cité au procès de l'écrivain anglais. Des Esseintes, calqué en partie sur Montesquiou, reste l'archétype du dandy décadent — et le roman, un objet de style unique dans la langue.