Renart le goupil a faim, et tout le royaume est son garde-manger : il vole les anguilles des marchands, fait pêcher Ysengrin le loup avec la queue dans l'étang gelé, croque les fils de dame Mésange, séduit ou roule tout ce qui passe — et quand la cour du roi Noble le lion veut le juger, il plaide, pleure, jure et recommence.
Procès, sièges, duels judiciaires, fausses morts et pèlerinages bidons : la société féodale entière — barons, clergé, justice royale — défile sous les masques des bêtes, moquée par le plus irrécupérable des héros. Huit siècles plus tard, la ruse de Renart n'a pas pris une ride.
Contexte
Écrites entre 1170 et 1250 par des dizaines d'auteurs, les « branches » du Roman de Renart furent le plus grand succès comique du Moyen Âge — au point que « goupil » disparut de la langue, remplacé par le prénom du héros.
Parodie de la chanson de geste et satire de la justice féodale, le cycle est l'ancêtre de toute la veine satirique française, de La Fontaine aux fables animalières modernes. Un monument drôle — ce qui est plus rare qu'un monument.