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Résumé complet

Alice au pays des merveilles (Lewis Carroll) : résumé complet

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« Alice au pays des merveilles » est le conte de Lewis Carroll paru en 1865, présenté ici dans sa traduction française classique. Par une chaude après-midi, une fillette qui s'ennuie voit passer un lapin blanc pressé, une montre à la main, et se lance à sa poursuite. Cette curiosité l'entraîne dans un monde souterrain où la logique ordinaire n'a plus cours. C'est l'œuvre fondatrice du « nonsense » littéraire, et l'un des livres pour enfants les plus célèbres au monde.

La chute dans le terrier (chapitre I)

Alice s'ennuie sur un talus, aux côtés de sa sœur plongée dans un livre « sans images ni dialogues », lorsqu'un Lapin Blanc aux yeux roses passe près d'elle. La chose ne l'étonne guère — mais quand le Lapin tire une montre de la poche de son gilet, s'écrie qu'il va être en retard et se remet à courir, la curiosité l'emporte : Alice le suit à travers champs et se glisse à sa suite dans le terrier.

Le trou file d'abord comme un tunnel, puis plonge à pic : Alice tombe dans un puits d'une profondeur vertigineuse. La chute est si lente qu'elle a tout le loisir de regarder autour d'elle — les parois sont garnies d'armoires, d'étagères, de cartes de géographie ; elle attrape au passage un pot vide étiqueté « Marmelade d'oranges ». Elle rêvasse, se demande à combien de milles elle est déjà, songe qu'elle pourrait bien traverser la Terre et ressortir « chez les Antipathies », et s'inquiète pour sa chatte Dinah restée à la maison.

Elle atterrit enfin sur un tas de feuilles sèches, sans une égratignure. Devant elle s'ouvre une longue salle basse, éclairée de lampes, bordée de portes toutes fermées. Sur une petite table de verre massif, elle trouve une clé d'or minuscule qui n'ouvre qu'une porte haute d'une quinzaine de pouces, cachée derrière un rideau. Cette porte donne sur le plus ravissant des jardins — mais Alice est bien trop grande pour y passer. De retour à la table, elle découvre une fiole marquée « BUVEZ-MOI » ; prudente, elle vérifie d'abord qu'il n'est pas écrit « Poison », puis boit ce breuvage au goût de tarte, de crème et d'ananas mêlés. Aussitôt elle rétrécit jusqu'à dix pouces. Hélas, elle a laissé la clé sur la table, désormais hors d'atteinte. Un petit gâteau glissé dans une boîte, marqué « MANGEZ-MOI », lui offre un nouvel espoir.

La mare aux larmes (chapitre II)

Le gâteau produit l'effet inverse : Alice s'allonge « comme le plus grand télescope du monde » et atteint près de trois mètres. « De plus très-curieux en plus très-curieux ! » s'écrie-t-elle, désorientée au point de ne plus parler correctement. Sa tête heurte le plafond ; elle fait ses adieux à ses pieds, si lointains désormais qu'elle imagine devoir leur envoyer des souliers par la poste.

Déçue de ne toujours pas pouvoir entrer dans le jardin, elle fond en larmes et verse de tels torrents qu'une véritable mare se forme autour d'elle. Repasse alors le Lapin Blanc, magnifiquement vêtu, tenant des gants et un éventail, marmonnant qu'il craint la colère de la Duchesse. Alice l'implore timidement ; effrayé, le Lapin laisse tomber gants et éventail et détale. En s'éventant machinalement, Alice rapetisse de nouveau — et manque de se noyer dans la mare de ses propres larmes. Ballottée dans cette eau salée, elle en vient, à force de métamorphoses, à douter d'elle-même : n'a-t-elle pas été changée en une autre petite fille ? Elle essaie ses leçons, se trompe dans la table de multiplication et la géographie, récite tout de travers un poème appris par cœur, et se demande, angoissée : « Qui suis-je donc ? »

La course au Caucus (chapitre III)

Dans la mare nagent une Souris et toute une ménagerie tombée là comme Alice : un Canard, un Dodo, un Lory, un Aiglon et d'autres bêtes. Tout ce petit monde gagne la rive, transi et trempé. Pour se sécher, la Souris tente d'abord un discours d'histoire aussi « sec » que possible ; puis le Dodo propose une solution plus efficace : une « course au Caucus ». On trace un cercle vague, chacun se met à courir quand il veut et s'arrête à sa guise, et au bout d'une demi-heure le Dodo déclare que tout le monde a gagné et que tous doivent recevoir un prix. C'est Alice qui doit les distribuer — des dragées trouvées dans sa poche —, et pour elle-même il ne reste que son propre dé à coudre, qu'on lui remet solennellement.

La Souris entreprend ensuite de conter son histoire « longue et triste », qu'Alice se figure disposée en forme de queue sur la page. Mais la fillette, en évoquant innocemment sa chère Dinah qui aime tant croquer les souris et les oiseaux, jette l'effroi dans l'assemblée : un à un, les animaux trouvent des prétextes pour s'éclipser, et Alice se retrouve seule, au bord des larmes.

La maison du Lapin et le petit Bill (chapitre IV)

Le Lapin Blanc reparaît et, prenant Alice pour sa domestique Marianne, lui ordonne de courir chez lui chercher une paire de gants et un éventail. Dans la maison, Alice boit le contenu d'une bouteille sans étiquette, espérant qu'il lui arrivera « quelque chose d'intéressant » — et grandit brusquement au point de remplir toute la pièce : un bras passé par la fenêtre, un pied engagé dans la cheminée.

Le Lapin, affolé, appelle son jardinier Pat, puis fait descendre par la cheminée un petit lézard nommé Jacques (Bill) pour la déloger ; d'une ruade, Alice l'expédie dans les airs. La foule assemblée dehors lui jette alors une pluie de cailloux qui, en touchant le sol, se changent en petits gâteaux. Alice en avale un, rapetisse aussitôt et profite de sa petite taille pour s'échapper dans le bois. Elle n'a plus qu'une idée : retrouver le jardin merveilleux et, pour cela, revenir enfin à sa taille normale.

Les conseils de la Chenille (chapitre V)

Au pied d'un champignon aussi haut qu'elle, Alice découvre une grande Chenille bleue qui fume tranquillement le narguilé. « Qui êtes-vous ? » lui demande-t-elle, flegmatique. La question tombe mal : Alice, qui a tant changé de taille depuis le matin, ne sait plus trop elle-même. Sommée de faire ses preuves, elle récite un poème édifiant qui sort tout déformé, au grand dam de la Chenille.

Avant de s'en aller en rampant, la Chenille lui livre pourtant un renseignement précieux : un côté du champignon fait grandir, l'autre rapetisser. Alice en grignote des morceaux, mais dose mal ses bouchées : tantôt son menton heurte ses pieds, tantôt son cou s'étire démesurément par-dessus les arbres, si bien qu'une Pigeonne, la prenant pour un serpent en quête de ses œufs, l'attaque avec fureur. À force d'essais, Alice apprend à régler sa taille et retrouve à peu près ses proportions ordinaires.

Cochon et poivre : la Duchesse et le Chat (chapitre VI)

Devant une maison, Alice assiste à une scène cocasse : un valet à tête de poisson remet à un valet à tête de grenouille une invitation de la Reine, priant la Duchesse de venir jouer au croquet. À l'intérieur règne un désordre étourdissant. La cuisine est saturée de poivre : la cuisinière lance casseroles et assiettes, tandis que la Duchesse berce rudement un bébé hurlant en chantant qu'il faut « rudoyer son petit garçon ».

La Duchesse jette l'enfant à Alice avant de partir s'apprêter. Or, dans les bras de la fillette, le bébé grogne, se tord et se change peu à peu en petit cochon ; Alice, sans regret, le pose à terre et le regarde trotter vers le bois. C'est alors qu'apparaît, sur la branche d'un arbre, le Chat du Cheshire — « Grimaçon » —, reconnaissable à son immense sourire. Il explique posément à Alice que tout le monde est fou au pays des merveilles, lui compris, et lui indique les deux directions possibles : par ici demeure le Chapelier, par là le Lièvre de Mars, tous deux également fous. Puis le Chat disparaît lentement, à commencer par le bout de la queue et en finissant par son sourire, qui flotte encore un moment dans le vide — « j'ai souvent vu un chat sans sourire, songe Alice, mais jamais un sourire sans chat ».

Un thé de fous (chapitre VII)

Alice arrive au plus célèbre des épisodes : le « thé de fous ». Sous un arbre, une grande table est dressée ; le Chapelier et le Lièvre de Mars y prennent le thé, serrés à un coin, en se servant d'un Loir profondément endormi comme d'un coussin. « Il n'y a pas de place ! » crient-ils en voyant Alice, qui s'installe pourtant. On lui offre du vin qu'il n'y a pas, on critique sa coiffure, on la bombarde d'énigmes sans réponse — « Pourquoi une pie ressemble-t-elle à un pupitre ? ».

Le Chapelier tire une montre qui indique le quantième du mois et non l'heure ; il l'a graissée au beurre avec le couteau à pain. Il raconte qu'il s'est brouillé avec le Temps, lequel, en représailles, a immobilisé les aiguilles : il est perpétuellement six heures, donc toujours l'heure du thé, si bien que la petite compagnie fait indéfiniment le tour de la table pour trouver de la vaisselle propre. Le Loir, entre deux sommes, entame l'histoire de trois petites sœurs — Elsie, Lacie et Tillie — vivant au fond d'un puits de mélasse et dessinant « tout ce qui commence par un M ». Excédée par tant d'absurdités et d'impolitesse, Alice finit par s'en aller. Elle découvre une porte dans le tronc d'un arbre, qui la ramène dans la salle aux portes du début ; cette fois, forte de son expérience, elle se sert du champignon pour ajuster sa taille, s'empare enfin de la petite clé d'or et pénètre dans le jardin tant convoité.

Le terrain de croquet de la Reine (chapitre VIII)

Dans le jardin, Alice surprend trois jardiniers en forme de cartes à jouer — le Deux, le Cinq et le Sept de Pique — occupés à peindre en rouge un rosier blanc : ils l'ont planté par erreur et redoutent que la Reine ne les fasse décapiter. Survient le grand cortège royal : soldats, courtisans, enfants royaux, le Valet portant la couronne, puis le Roi et la Reine de Cœur.

La Reine, tyran colérique, hurle « Qu'on lui coupe la tête ! » à la moindre contrariété ; elle condamne les jardiniers, qu'Alice sauve discrètement en les glissant dans un pot de fleurs. On passe au croquet, mais quel croquet : les maillets sont des flamants roses vivants, les boules des hérissons qui se déroulent et s'en vont, les arceaux des soldats pliés en deux. Tout le monde joue en même temps, sans attendre son tour, se dispute, et la Reine réclame sans cesse des têtes. Le Chat du Cheshire réapparaît, réduit à une tête flottante, ce qui déclenche une querelle burlesque entre le Roi, la Reine et le bourreau : peut-on trancher une tête qui n'a pas de corps ? Faute de solution, le Chat s'efface de nouveau.

La Fausse-Tortue et le quadrille des homards (chapitres IX-X)

La Duchesse, sortie de prison, retrouve Alice et, tout en la serrant contre elle, colle une « morale » à chacune de ses phrases. La Reine la chasse, puis confie Alice au Griffon, qui la conduit auprès de la Fausse-Tortue, mélancolique créature toujours au bord des larmes. Celle-ci raconte, entre deux soupirs, sa scolarité au fond de la mer : un vieux maître nommé Tortue « parce qu'il nous torturait », des matières aux noms tout en calembours, et des « leçons » qui, de jour en jour, ne cessent de diminuer.

Le Griffon et la Fausse-Tortue exécutent alors pour Alice le « quadrille des homards », en chantant et en gesticulant, puis lui font réciter des poèmes qui, comme tous ceux du livre, sortent joyeusement déformés — « C'est la voix du homard », suivi de l'hymne à la « Belle Soupe ». La scène est brusquement interrompue par un cri lancé au loin : « Le procès va commencer ! » Le Griffon saisit Alice par la main et l'entraîne en courant.

Le procès du Valet et le réveil (chapitres XI-XII)

Dans la salle d'audience, le Valet de Cœur comparaît, accusé d'avoir volé les tartes confectionnées par la Reine. Le Roi préside en juge, la Reine accuse, un jury composé d'animaux griffonne n'importe quoi sur ses ardoises, et le Lapin Blanc fait office de héraut. Défilent des témoins tous plus grotesques les uns que les autres : le Chapelier, tremblant, qui se dit « un pauvre homme » et grignote sa tasse ; la cuisinière et son éternel poivre. On appelle enfin Alice à la barre.

Mais, depuis quelques instants, Alice a recommencé à grandir. Maladroite, elle renverse le banc des jurés ; le Roi tente de lui appliquer un règlement inventé sur-le-champ (l'article 42 : toute personne mesurant plus d'un mille doit quitter la salle). Le Lapin Blanc lit, en guise de pièce à conviction accablante, des vers parfaitement dénués de sens, que le Roi s'obstine à interpréter au fil de la lecture. Quand la Reine, à bout, exige « l'arrêt d'abord, on délibérera après », Alice — revenue à toute sa taille — se dresse et lâche : « Vous n'êtes qu'un paquet de cartes ! » Aussitôt tout le jeu s'envole et retombe sur elle en tourbillonnant.

Alice se réveille alors sur le talus, la tête sur les genoux de sa sœur, qui écarte doucement de son visage quelques feuilles mortes tombées des arbres : tout n'était qu'un rêve. Sa sœur l'envoie prendre le thé, puis demeure songeuse ; à son tour elle rêve à demi du pays des merveilles, entend le froissement des herbes sous les pas du Lapin, le tintement des tasses du thé de fous, la voix perçante de la Reine — avant de se figurer la petite Alice devenue grande, gardant jusque dans l'âge mûr le cœur simple et aimant de son enfance, et racontant un jour ce même songe à d'autres enfants. Le conte se referme sur cette rêverie attendrie.

Contexte : l’auteur, l’époque, la place de l’œuvre

Lewis Carroll est le pseudonyme de Charles Lutwidge Dodgson (1832-1898), mathématicien et logicien à l'université d'Oxford, également passionné de photographie. Il imagina cette histoire pour distraire la petite Alice Liddell et ses sœurs lors d'une promenade en barque en 1862, avant de la coucher par écrit et de la publier en 1865 sous le titre « Alice's Adventures in Wonderland », avec les célèbres illustrations de John Tenniel. L'ouvrage connut un immense succès et devint l'un des textes les plus traduits, illustrés et adaptés au monde ; il fut suivi en 1871 d'une suite, « De l'autre côté du miroir ». La présente édition en propose la traduction française classique, dont les calembours, les fables parodiées et les poèmes ont été adaptés à notre langue.

Les thèmes principaux

Le nonsense et la logique retournée

L'œuvre pousse à l'extrême l'humour de l'absurde : syllogismes truqués, calembours, énigmes sans solution, règles arbitraires. Le pays des merveilles obéit à une logique cohérente mais folle, qui déjoue systématiquement le bon sens — de la course sans vainqueur au procès où la sentence précède le verdict. Carroll, mathématicien, joue en virtuose des raisonnements faussés.

L'enfance, la taille et l'identité

En grandissant et rapetissant sans cesse au gré des fioles, gâteaux et champignons, Alice en vient à ne plus savoir qui elle est. Le conte met en scène, avec fantaisie, les incertitudes de l'enfance, l'inconfort du corps qui change et la difficile construction de soi, à travers cette question qui la hante : « Qui suis-je donc ? »

La satire du monde des adultes

Sous le rêve perce la moquerie des conventions victoriennes : l'école et ses leçons rabâchées, les bonnes manières, l'étiquette, la justice et l'autorité arbitraire de la Reine sont tournées en dérision à travers les créatures que rencontre l'héroïne. Alice, polie et raisonnable, sert de contrepoint à ce monde d'adultes déréglés.

Le rêve comme structure du récit

L'ensemble se révèle un songe, et l'enchaînement des épisodes obéit à la logique flottante des rêves, où les lieux et les personnages surgissent, se transforment et s'effacent sans transition. La chute finale des cartes et le réveil bouclent élégamment cette architecture onirique.

Pourquoi le lire aujourd’hui

« Alice au pays des merveilles » se lit à tout âge : conte merveilleux et drôle pour les enfants, jeu vertigineux sur le langage et la logique pour les adultes. Son imaginaire — le Lapin Blanc et sa montre, le Chat qui sourit, le thé de fous, la Reine de Cœur et son « Qu'on lui coupe la tête ! » — est entré dans la culture universelle et continue d'irriguer le cinéma, la bande dessinée, la publicité et le jeu vidéo. C'est une porte d'entrée idéale dans la littérature du nonsense, et un plaisir de lecture toujours intact, riche de sens nouveaux à chaque relecture.

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