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Résumé complet

Faust (Johann Wolfgang von Goethe) : résumé complet

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« Faust » est le chef-d'œuvre dramatique de Goethe, présenté ici dans la célèbre traduction française en prose de Gérard de Nerval, illustrée à l'origine par Delacroix. Ce volume en contient la première partie, la plus fameuse : l'histoire du savant Faust qui, dégoûté de la science, vend son âme au diable Méphistophélès en échange du plaisir et de la vie — et le drame de Marguerite, jeune fille innocente que cet amour va perdre.

Les prologues et le pari sur Faust

La pièce s'ouvre sur un « Prologue sur le théâtre », dialogue enjoué entre un directeur, un poète et un bouffon sur l'art de plaire au public — sorte de réflexion sur le théâtre lui-même. Vient ensuite le grand « Prologue dans le ciel » : devant le Seigneur entouré des archanges, Méphistophélès, l'esprit du mal et de la négation, raille l'humanité. Un pari se noue entre eux : Méphistophélès prétend pouvoir détourner de la droite voie le docteur Faust, ce serviteur de Dieu tourmenté ; le Seigneur l'y autorise, certain qu'« un homme de bien, dans son obscur penchant, a conscience de la vraie route ».

Ce cadre place d'emblée le drame sur le plan métaphysique : l'enjeu est une âme, et le combat, celui du bien et du mal autour de l'homme.

Le désespoir du savant

On découvre Faust, vieux docteur qui a tout étudié — philosophie, droit, médecine, théologie — et qui, parvenu au sommet du savoir humain, le juge vain et stérile. Rongé par l'insatisfaction, il se tourne vers la magie, tente d'invoquer les esprits, et, au comble du désespoir, porte à ses lèvres une coupe de poison pour en finir. Le chant des cloches de Pâques et le souvenir de son enfance l'arrêtent au dernier instant.

Au cours d'une promenade avec son terne assistant Wagner, un chien noir (un caniche) s'attache à ses pas et le suit jusque dans son cabinet. Là, l'animal se métamorphose : c'est Méphistophélès.

Le pacte

Méphistophélès propose à Faust un marché. Il se fera ici-bas son serviteur, satisfera tous ses désirs, lui procurera tous les plaisirs et toutes les expériences de la vie ; en échange, dans l'au-delà, ce sera à Faust de le servir — son âme lui appartiendra. Le pacte prend la forme d'un pari : Faust ne sera perdu que le jour où, comblé, il dira à l'instant qui passe : « Arrête-toi, tu es si beau ! »

Faust, qui ne croit plus à rien et n'espère plus rien du savoir, accepte de signer de son sang. Il ne cherche pas le bonheur, mais l'expérience totale, la plénitude des sensations et des passions humaines. Le diable l'entraîne alors dans le monde.

Les premiers plaisirs

Méphistophélès conduit d'abord Faust au cabaret d'Auerbach, à Leipzig, parmi de joyeux buveurs : il y fait jaillir par magie des vins de toute sorte des trous forés dans la table, puis, quand les ivrognes veulent se jeter sur lui, les abuse par des illusions et disparaît. Mais cette bestialité dégoûte Faust plus qu'elle ne le divertit.

Dans la « cuisine de la sorcière », un philtre magique rend au vieux docteur sa jeunesse et enflamme ses sens ; dans un miroir, il entrevoit l'image d'une femme d'une beauté idéale. Rajeuni, brûlant de désir, Faust est mûr pour la passion qui fera le cœur de la pièce.

La rencontre de Marguerite

Dans la rue, Faust aperçoit Marguerite (Gretchen), jeune fille simple, pieuse et pure, et s'en éprend aussitôt. Avec l'aide de Méphistophélès — qui dépose chez elle des bijoux pour la séduire et gagne la complaisance d'une voisine entremetteuse, Marthe —, il l'approche et la conquiert.

Marguerite, éblouie et sincère, tombe éperdument amoureuse de « Henri ». Leur amour s'épanouit, tendre et naïf du côté de la jeune fille, dévorant du côté de Faust. Mais Méphistophélès veille, et cet amour porte déjà en lui le germe du malheur, car il transgresse tous les interdits du monde de Marguerite.

L'engrenage du malheur

Pour pouvoir passer la nuit avec Faust, Marguerite endort sa mère avec un narcotique fourni par Méphistophélès — un breuvage qui se révèle mortel : elle tue involontairement sa mère. Bientôt, elle se trouve enceinte, et la honte s'abat sur elle. Son frère, le soldat Valentin, revenu de la guerre, veut laver l'honneur de la famille : dans un duel où Méphistophélès prête main-forte à Faust, Valentin est tué, et il meurt en maudissant publiquement sa sœur déshonorée.

Faust, coupable et poursuivi, doit fuir. Pour l'étourdir et lui faire oublier Marguerite, Méphistophélès l'entraîne à la « nuit de Walpurgis », le sabbat des sorcières sur le Brocken, tourbillon de débauche et de sortilèges. Mais, au milieu de la fête, Faust croit voir apparaître le pâle fantôme de Marguerite, un mince trait rouge autour du cou — sinistre présage.

Le cachot et le dénouement

Faust apprend enfin la vérité : abandonnée, égarée par la douleur et la folie, Marguerite a noyé l'enfant qu'elle a eu de lui, et elle a été condamnée à mort pour infanticide. Éperdu de remords, il se précipite à la prison, avec l'aide du diable, pour la délivrer.

La scène finale, l'une des plus déchirantes du théâtre, se joue dans le cachot. Marguerite, à demi folle, ne reconnaît d'abord pas Faust, puis, à sa voix, s'élance vers lui. Mais elle refuse de fuir : elle sent la présence du Malin derrière son amant, recule d'horreur, et s'abandonne à la justice de Dieu plutôt qu'à cette liberté damnée. Tandis que Méphistophélès entraîne Faust en criant que l'aube approche, une voix d'en haut proclame : « Elle est sauvée. » La première partie s'achève sur la voix de Marguerite qui s'affaiblit en appelant : « Henri ! Henri ! » — l'innocente est rachetée par sa soumission au ciel, quand Faust, lui, poursuit sa route avec le diable.

Faust, l'homme insatiable

Faust est l'incarnation de l'esprit humain que rien ne comble. Vieux savant parvenu au sommet de toutes les connaissances, il en éprouve la vanité et le vide : le savoir n'a pas répondu à sa soif d'absolu. C'est ce désespoir, et non l'appât d'un simple plaisir, qui le jette dans les bras de Méphistophélès.

Ce qu'il cherche, en signant le pacte, n'est pas le bonheur tranquille, mais l'expérience totale de la vie : sentir, aimer, souffrir, tout connaître de la condition humaine, quitte à s'y perdre. Sa fameuse condition — n'être perdu que le jour où il dira à l'instant « Arrête-toi, tu es si beau ! » — traduit cette insatiabilité : Faust est celui qui ne peut jamais se contenter, qui doit toujours désirer au-delà.

Cette figure du chercheur infini, jamais rassasié, tourmenté par l'aspiration à l'illimité, a fait de Faust un mythe de la modernité, symbole de l'homme occidental partagé entre sa soif de connaissance et de jouissance et le prix qu'il doit payer pour la satisfaire.

Méphistophélès, l'esprit qui nie

Face à Faust se tient l'une des plus grandes créations diaboliques de la littérature : Méphistophélès. Loin du démon terrifiant des légendes, il est ironique, spirituel, cynique et séduisant, se définissant lui-même comme « l'esprit qui toujours nie ». Il incarne la négation, la moquerie, la tentation intelligente.

Dans les scènes de comédie — le cabaret d'Auerbach, la cuisine de la sorcière — comme dans le drame de Marguerite, Méphistophélès mène le jeu avec une virtuosité railleuse, se moquant des hommes et de leurs illusions. Il fournit à Faust les moyens de ses désirs — la jeunesse, l'or, les stratagèmes de la séduction — tout en gardant sur eux un regard désabusé et corrosif.

Paradoxalement, ce diable qui veut le mal contribue au mouvement de la vie : il est, selon le mot du Prologue, « une partie de cette force qui veut toujours le mal et fait toujours le bien ». Cette ambiguïté fait de Méphistophélès un personnage fascinant, bien plus qu'un simple tentateur : une voix critique et lucide sur la comédie humaine.

Le drame de Marguerite

Le cœur émouvant de cette première partie est l'histoire de Marguerite (Gretchen). Jeune fille du peuple, pieuse et pure, elle est séduite par Faust avec l'aide du diable, et son amour sincère va la conduire au malheur, à la faute et à la mort.

Récit bouleversant du destin d'une innocente, ce drame déploie une progression implacable : le narcotique qui tue involontairement sa mère, la grossesse et la honte, la mort de son frère Valentin qui la maudit, puis la folie et l'infanticide. Marguerite est victime autant de la passion de Faust que de la dureté d'une société qui condamne sans pitié la fille séduite.

La scène finale du cachot, où Marguerite à demi folle refuse de fuir et s'abandonne à la justice de Dieu, est l'un des sommets du théâtre. Par sa soumission et son repentir, elle est « sauvée », tandis que Faust, entraîné par le diable, porte le poids de sa perte. Ce contraste entre la rédemption de la victime et la fuite du coupable donne à la pièce toute sa force tragique et morale.

La légende de Faust

Goethe n'a pas inventé Faust : il a repris et transfiguré une vieille légende. Le docteur Faust aurait été un personnage réel du XVIe siècle, savant et magicien, dont la vie et la « lamentable fin » furent racontées dans un livre populaire bientôt traduit en plusieurs langues.

Cette matière avait déjà inspiré le dramaturge anglais Marlowe, contemporain de Shakespeare, dont la pièce mêlait, comme le rappelle la préface de l'édition, « bouffonneries grossières » et « beautés du premier ordre ». En Allemagne, Faust n'était plus, jusqu'à Lessing, qu'un héros de théâtre de marionnettes.

Goethe s'empara de cette légende comme d'un « canevas » sur lequel broder sa propre vision. En faisant de la quête de Faust une aspiration à l'absolu, et en y greffant le drame de Marguerite, il transforma un conte moral médiéval en l'une des œuvres les plus profondes de la littérature moderne — au point que le nom de Faust est devenu synonyme du pacte avec le diable et de la démesure de l'esprit.

La traduction de Nerval

La présente édition donne « Faust » dans la traduction en prose de Gérard de Nerval, publiée alors qu'il n'avait qu'une vingtaine d'années, et qui joua un rôle capital dans la découverte de Goethe en France. Nerval fit le choix, expliqué dans sa préface, de traduire en prose la partie « dramatique » de l'œuvre, au ton proche de la conversation, tout en conservant le vers pour les parties lyriques — chansons, chœurs, formules magiques.

Cette traduction, saluée par Goethe lui-même, rend le texte accessible et vivant, sans la contrainte d'une versification qui aurait, selon Nerval, trahi le naturel du dialogue. Elle a durablement façonné l'image française de Faust.

L'édition est en outre associée aux célèbres lithographies d'Eugène Delacroix, qui sut donner un corps et un visage aux personnages fantastiques de Goethe. Cette rencontre entre le texte de Goethe, la prose de Nerval et l'art de Delacroix fait de ce Faust français un objet littéraire et artistique d'exception.

Une œuvre-monde

Le « Faust » que l'on lit ici est la première partie de l'œuvre, la plus célèbre et la plus jouée, centrée sur la quête de Faust et le drame de Marguerite. Goethe y consacra une grande partie de sa vie et lui donna, après sa mort, une seconde partie, plus vaste et plus symbolique, où Faust parcourt l'histoire et le mythe avant de connaître son salut.

Cette première partie se suffit pourtant à elle-même et constitue un drame complet, d'une richesse inépuisable. Elle mêle tous les tons — le comique et le tragique, le burlesque et le sublime, le familier et le surnaturel —, passant sans transition, comme le note la préface, « du dernier degré du burlesque au pathétique le plus déchirant ».

« Faust » est ainsi devenu une œuvre-monde, sans cesse relue, jouée, mise en musique et adaptée, dont les figures — le savant tenté, le diable ironique, l'innocente perdue — appartiennent désormais à l'imaginaire universel.

Contexte : l’auteur, l’époque, la place de l’œuvre

Johann Wolfgang von Goethe (1749-1832), figure majeure de la littérature allemande et européenne, travailla à son « Faust » durant presque toute sa vie. La première partie, publiée en 1808, reprend la vieille légende du docteur Faust — savant du XVIe siècle qui aurait vendu son âme au diable — pour en faire une méditation sur le désir humain, la connaissance et le salut ; une seconde partie, plus vaste et plus symbolique, parut après sa mort, en 1832. Le présent volume donne la première partie dans la traduction en prose de Gérard de Nerval (1828), qui contribua puissamment à faire connaître Faust en France et inspira les célèbres lithographies de Delacroix.

Les thèmes principaux

L'insatisfaction et le désir de tout connaître

Faust incarne l'esprit humain que rien ne comble : dégoûté d'un savoir qu'il juge vain, il veut tout éprouver, tout vivre. Sa quête inextinguible, au-delà des limites permises, est le ressort de tout le drame.

Le pacte et la tentation

Le marché avec Méphistophélès pose la question du prix des plaisirs et de la damnation. L'esprit de négation qu'incarne le diable met à l'épreuve l'âme de Faust — et, à travers lui, celle de l'homme tout entier, tiraillé entre son aspiration au bien et l'attrait des plaisirs et de la puissance.

L'innocence détruite : le drame de Marguerite

L'histoire de Gretchen — séduction, faute, folie et mort — donne au poème sa force tragique. Figure de l'amour sincère et de l'innocence, elle est la victime d'une passion et d'un monde qui la brisent, mais que le ciel finit par sauver.

La damnation et la grâce

Entre l'enfer que promet Méphistophélès et la voix d'en haut qui déclare Marguerite « sauvée », la pièce oppose la perte et le rachat, la justice des hommes et la miséricorde divine, dans un finale d'une intensité bouleversante.

Pourquoi le lire aujourd’hui

« Faust » est l'un des sommets de la littérature mondiale, à la source du mythe moderne de l'homme qui vend son âme. Cette première partie se lit comme un drame puissant et accessible, porté par la figure fascinante de Méphistophélès et par le destin poignant de Marguerite. La traduction en prose de Nerval en fait une entrée idéale dans l'œuvre de Goethe, à la portée de tous. C'est un texte qui interroge, aujourd'hui encore, notre soif de connaître, de jouir et de dépasser toutes les limites. Le mythe de Faust — l'homme qui vend son âme pour le savoir et la puissance — n'a cessé de hanter la culture occidentale, de la musique à l'opéra et au cinéma, tant il touche à une question universelle : jusqu'où peut aller le désir humain, et à quel prix ? Lire cette première partie, dans la belle prose de Nerval, c'est renouer avec l'une des sources les plus profondes de notre imaginaire, dans une œuvre qui allie la puissance de la pensée à l'émotion la plus poignante. Peu de textes offrent une telle richesse : on peut y revenir toute une vie, en y trouvant tour à tour un conte fantastique, une histoire d'amour tragique et une méditation sur le sens de l'existence.

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