Définitions en deux phrases
L'allitération répète une même consonne dans des mots voisins : « Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? » L'assonance répète une même voyelle : « Tout m'afflige et me nuit et conspire à me nuire. » Moyen mnémotechnique : a-sson-ance = son de voyelle (les voyelles sont les sons « pleins ») ; l'allitération prend le reste, les consonnes. Ce sont les deux figures de la matière sonore du texte — invisibles à l'œil pressé, évidentes à l'oreille : la raison pour laquelle un poème doit toujours être lu à voix haute… ou écouté.
L'exemple roi : les serpents de Racine
« Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? » (Andromaque, 1667, acte V) : Oreste, en plein délire, voit les Furies aux cheveux de serpents — et le vers siffle réellement, cinq sifflantes faisant entendre ce qu'il décrit. C'est le cas idéal, dit d'harmonie imitative : le son imite le sens. Racine en offre un second sommet dans Phèdre : « Tout m'afflige et me nuit et conspire à me nuire » — l'assonance aiguë en [i] fait grincer la plainte de l'héroïne, une lamentation qui vrille l'oreille comme elle vrille le personnage. Deux vers à connaître par cœur : ils illustrent chacun une figure, et ils sont assez célèbres pour valoir des points partout.
Verlaine, ou la musique avant toute chose
Le laboratoire moderne des sonorités est Verlaine : « Les sanglots longs / Des violons / De l'automne » — l'assonance nasale en [on/an], prolongée de vers en vers, produit littéralement la plainte monotone que le poème annonce ; ajoutez les liquides [l] qui coulent, et « Chanson d'automne » devient ce qu'il dit être : une chanson. C'est le programme de son « Art poétique » — « De la musique avant toute chose » — et l'aboutissement d'une tendance que le symbolisme systématisera : le son ne décore plus le sens, il le fabrique. Le meilleur exercice d'oreille : écouter ces poèmes en audio (le recueil dure 48 minutes) en suivant le texte des yeux — les réseaux sonores sautent alors aux deux sens à la fois.
Le piège n° 1 : le son n'a pas de sens en soi
L'erreur qui coûte cher en copie : plaquer un effet automatique sur un son — « le [s] évoque le serpent », « le [r] la colère ». Faux : le [s] de « sifflent » siffle, mais le [s] de « soleil » et de « sourire » ne menace personne. Une sonorité n'a d'effet qu'en contexte : c'est le sens des mots porteurs qui oriente la valeur du son répété. La méthode honnête en trois temps : repérer la répétition (au moins trois occurrences rapprochées — deux, c'est le hasard), vérifier que les mots porteurs ont un lien de sens, et alors seulement nommer l'effet : imitation (le sifflement), insistance (le son souligne un mot-clé), ou pure musique (fluidité, martèlement, douceur). Une allitération analysée ainsi enrichit une lecture linéaire ; plaquée, elle la discrédite.
Où les chercher (et où ne pas s'épuiser)
Les sonorités travaillent partout, mais elles comptent surtout en poésie et dans la prose poétique — chez Baudelaire, Verlaine, Rimbaud, et dans les grandes tirades du théâtre en vers, écrites pour la scène donc pour l'oreille. Dans un roman réaliste, une allitération isolée est rarement un projet de l'auteur : n'y consacrez pas un paragraphe. Le réflexe utile, en revanche, vaut partout : lire le passage à mi-voix avant de l'analyser — c'est le conseil que nous donnions déjà pour le commentaire, et la vraie raison d'écouter les classiques en version audio : l'oreille s'éduque en écoutant, et repère ensuite toute seule. Le cluster complet des figures vous attend : métaphore, comparaison, antithèse, oxymore, hyperbole, litote — et le pilier figures de style.
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